enjeu à la Une

expérience à la Une

perspective

Gymnastique de la décision Décider vite, décider bien

Hésitations et difficultés à trancher ne sont pas une fatalité ! Pour gagner du temps là où le sentiment d’urgence nous en fait souvent perdre, Ramez Cayatte propose une « gymnastique de la décision », mêlant méthode et intuition pour toujours garder les idées claires. Keep it simple - on connaît le leitmotiv. Pas si facile...

« Décider, résume Ramez Cayatte, c’est choisir parmi les actions possibles celle qui, comparée aux autres, permettra d’atteindre le but que vous recherchez. » Définition classique en apparence... Mais à y regarder de plus près, elle révèle les questions cruciales qui se posent pour toute décision : l’objectif est-il clairement défini ? Le champ des possibles a-t-il été balayé ? Et comment comparer les différentes options ? C’est souvent l’oubli d’une de ces étapes qui conduit aux mauvaises décisions. Reste à exercer la « gymnastique » qui permet de respecter ces étapes sans perdre de temps.

Rassembler les éléments de la décision

Recueillir l’information constitue le prélude à toute décision. « Contrairement à l’idée reçue, ce n’est pas un exercice facile », prévient Cayatte, qui préconise deux grands principes : se limiter à l’essentiel (le mieux est l’ennemi du bien !) et se méfier des filtres déformants. Tout l’art du décideur consiste non pas à rassembler les données, mais à repérer les informations importantes et à les hiérarchiser. Trois faits, trois chiffres, trois références : voilà en synthèse les éléments de base de la décision. A condition de savoir les sélectionner avec pragmatisme, en ayant conscience des facteurs qui pèsent sur nos choix : l’opinion du supérieur hiérarchique, la pensée dominante, le dernier qui a parlé... autant d’influences classiques qu’il faut savoir remettre à leur juste place !

Se connaître pour maîtriser son intuition

Les autres « filtres déformants » sont souvent personnels. Toute décision (qu’elle soit ou non rapide) comprend en effet une dimension affective, qui reste à maîtriser. « Si des émotions modérées aident à la prise de décision, l’absence ou le trop-plein deviennent une contre-indication », prévient Cayatte, qui privilégie un « savoir-flair » où intuition et raison apprennent l’une de l’autre. Il n’existe bien sûr pas de modèle en la matière. Mais la connaissance de soi (et de ses émotions dominantes) peut aider à éviter les principaux « biais de personnalité ». Un tempérament directif pourra ainsi se forcer à analyser l’impact de toute décision sur autrui ; l’altruiste, lui, sera invité à raisonner en efficacité.

Procéder avec méthode

Le moment est venu d’enclencher le processus de décision. Tout commence par la détermination de l’objectif et la formulation du problème. Inutile de forcer une décision si la question de départ n’est pas clairement formulée ! On se méfiera particulièrement des problèmes posés en termes de solutions qui détournent le raisonnement de la véritable finalité. Dans le même esprit, chacun des éléments rassemblés sera ensuite passé au crible de questions simples (pourquoi ? combien ? pour quoi ?) en distinguant clairement les faits des causes, et en restreignant le champ de la décision à son seul périmètre. Puis il s’agira de poser clairement le périmètre concerné, les contraintes et les critères de la décision. Simpliste, comme méthode ? Pas tant que ça : la complexité vient souvent moins de la réalité que de nos raisonnements, pollués par nombre d’éléments annexes n’ayant pas de réel rapport avec la question à trancher...

Évaluer les scénarios avant de décider

L’analyse ayant permis de mettre à plat les paramètres, les différentes solutions potentielles commencent à émerger. Pour les comparer, Ramez Cayatte recommande une « méthode des scénarios ». Chaque scénario sera évalué en pesant sans complaisance le pour et le contre et en anticipant les impacts de mise en œuvre. Sans oublier de changer de focale pour examiner divers angles - en adoptant très concrètement le point de vue des clients ou des utilisateurs, par exemple.

Les bons génies de la décision

Le moment de la décision proprement dite requiert une certaine mise en condition. Du calme, bien sûr. Du recul, aussi. Il est ainsi recommandé d’arrêter une décision le matin - après que la raison aura analysé les tenants et aboutissants des différents scénarios, une nuit de sommeil permettra à l’inconscient (qui travaille en vous faisant gagner du temps) de les porter à maturation. Si la question a été bien posée, en général au réveil une solution s’impose.

S’entraîner

Plus qu’une méthode, l’ouvrage de Ramez Cayatte propose une « gymnastique de la décision », applicable aux décisions stratégiques comme aux décisions opérationnelles quotidiennes. A l’appui de cette gymnastique, chacun est invité à se créer des « outils » personnels (du bloc-notes à la « matrice » d’analyse) à utiliser jusqu’à ce qu’ils deviennent un réflexe. L’auteur suggère pour finir de s’entraîner régulièrement à convaincre en trente secondes. Une mise en situation simple peut y aider - comment exposer une idée à un supérieur hiérarchique (ou à un client) en trente secondes en le croisant dans un ascenseur ? Voilà bien un réflexe que les managers appliquent souvent vis-à-vis de leurs subordonnés... mais qu’il est si facile d’oublier quand on est soi-même confronté à la complexité d’une problématique !

publié le 25/05/2009


En savoir plus

Ramez Cayatte

Après 18 ans d’expérience de management chez IBM, Ramez Cayatte a fondé Mediargie, cabinet de conseil et de formation en innovation et accompagnement du changement. Il a publié une dizaine d’ouvrages, dont « Motiver... Oui mais comment ? » (ESF Editeur, 2009) et « Décider vite, décider bien » (ESF, sept. 2008).