Traders Garder son sang froid pour réagir à chaud
Icônes des années 80, les traders sont récemment revenus sur le devant de la scène avec l’affaire de la Société Générale et de J. Kerviel. Mais qui sont au juste ces traders ? Et comment travaillent-ils ? Decisio lève le voile sur une nouvelle génération de traders, avec qui les décisions se veulent plus rationnelles, mais où subsistent quelques grandes stars dont on étudie la psychologie. Leur spécialité : la gestion de l’incertitude.
Vedettes des salles des marchés, les traders parient chaque jour sur les actions, les obligations, les taux d’intérêt, les taux de change (le marché le plus actif avec plus de plus de 2000 milliards de dollars échangés chaque jour) ou encore les matières premières.
Dans les années 80, Wall Street ou American Psycho ont forgé l’image d’Epinal de traders sans foi ni loi. Mais les « cow-boys » ont peu à peu fait place aux ingénieurs financiers, bardés des meilleurs diplômes et spécialisés dans la gestion du risque autant que dans la spéculation.
Différentes sortes de traders
Il existe en réalité plusieurs types de traders. En bas de l’échelle, avec une marge de manœuvre bien encadrée, on trouve les « market makers », qui se limitent aux ordres d’achat et de vente. Plus nombreux sont les traders spécialisés dans les produits dérivés (futures, swaps ...), qui disposent d’une plus grande marge de manœuvre dans la spéculation.
Dans le haut du panier se trouvent les « proprietary traders » : ils ont carte blanche pour spéculer avec les capitaux bancaires sur tous les marchés. Enfin, sont apparus récemment de nouveaux traders, spécialisés dans les « produits structurés », comme les fameux fonds « subprimes ».
Qu’ils agissent pour des clients ou pour leur propre compte, tous ces traders oscillent entre les deux facettes du métier : la spéculation d’une part, avec sa part d’intuition ; la gestion du risque d’autre part, avec l’art de couvrir ses positions pour maximiser le couple Risque / Rendement.
Le quotidien d’un trader
Quel que soit leur domaine, l’activité quotidienne des traders repose sur trois piliers : l’information, l’intuition et la technique. La gestion de l’information est l’élément capital : avec plusieurs écrans en face d’eux, ils reçoivent en continu les dépêches financières du monde entier - une vingtaine par minute en moyenne. Il s’agit donc d’être attentif pour ne rien manquer, et de savoir faire le tri rapidement pour faire partie des premiers à transformer l’information en action.
Mais il faut aussi savoir prendre de la hauteur pour observer le marché de haut et donner des munitions à la grande arme du trader : son intuition. Avec plusieurs dizaines de paramètres à prendre en compte, et une seule question : où va le marché ?
Reste alors à prendre les décisions et à agir sur le marché - c’est la partie technique du métier. Mais qu’il est dur parfois de se résoudre à vendre une position perdante (au risque de laisser filer les pertes) ! C’est bien dans la capacité à prendre la bonne décision au bon moment, sans états d’âme, que se reconnaissent les grands traders...
« Embrasser l’incertitude » : les leçons des grands traders
Dans un ouvrage récent, « Psychologie des grands traders », Thami Kabbaj écrit que « les grands traders sont des gens capables de gérer parfaitement leurs émotions : ils ont appris à éliminer certaines Pour bannir l’impulsivité, Kabbaj recommande : concentration, respiration, massage des yeux et visualisation positive certitudes et à embrasser l’incertitude. » Embrasser l’incertitude ! Il s’agit pour l’auteur d’accepter le pouvoir suprême de l’événement - une sorte de soumission, pour mieux faire corps avec le marché et en ressentir les mouvements.
Kabbaj en déduit quelques grands commandements : bannir l’impulsivité, se concentrer sur les processus et non sur les résultats, et maîtriser ses propres biais psychologiques - notamment le risque d’addiction. Ce que dessine Kabbaj, c’est une « machine à décider », capable d’éliminer tout ego pour mieux ressentir les mouvements du marché.
Pour autant, Kabbaj estime qu’il serait négatif d’éliminer les émotions. Certes, les grands traders sont moins sujets aux sautes d’humeur (en cas de gain comme en cas de perte), mais il souligne que « les émotions sont une source d’info utile dès lors qu’on sait les canaliser ». Pour bannir l’impulsivité, Kabbaj se réfère aux techniques les plus classiques de gestion du stress : concentration, respiration, massage des yeux et visualisation positive.
Projeter l’image des succès à venir tout en se concentrant sur les processus, comme un tennisman qui joue les points les uns après les autres pour ne pas se laisser griser par l’enjeu... Autant de commandements valables dans bien d’autres domaines où prime la performance individuelle !
L’affaire Kerviel : des gardes-fous pour éviter les dérives
Comment évoquer les traders aujourd’hui sans parler de l’affaire Société Générale ? A première vue, le cas Jérôme Kerviel est relativement classique - dans la lignée des traders comme Nick Leeson (responsable de la faillite de la Barings en 1995) qui se sont laissés prendre par le jeu, à voir trop grand après des premiers succès pour finalement tout perdre. Le cas est aussi très spécifique en raison des fraudes auxquelles Kerviel a dû recourir pour masquer ses positions trop exposées.
Loin d’être l’une de ces stars à qui l’on passe certains caprices, Jérôme Kerviel était en effet un market maker au budget risque limité. En principe, dès que sa position était perdante au-delà du budget risque, on la liquidait : c’est cette limite qu’il a contournée. Mais il aurait suffi de regarder les volumes engagés pour comprendre qu’ils entraînaient le trader bien au-delà de sa zone de risque.
« Désormais, les gardes-fous seront triples, explique un gérant de fonds : le budget risque, les volumes... et les congés, que les traders doivent obligatoirement prendre. » Une mesure indispensable pour éviter les effets d’addiction, et partager les portefeuilles.
publié le 28/08/2008

