Gestion d’actifs Les secrets pour gérer au mieux Risque et Rendement
De la gestion de fonds à l’affaire Kerviel en passant par les hedge funds ou la crise des « subprimes », le monde de la finance est en pleine ébullition. Comment les différents acteurs de la finance prennent-ils leurs décisions ? Et quels sont les gardes-fous proposés pour limiter les risques ? Rencontre avec un gérant de fonds.
Les financiers sont des gens discrets. Particulièrement en cette période où le métier est placé sous les feux de la rampe... et des critiques. Pour évoquer sans tabou les bases du métier, nous avons donc contacté Luc, gérant de fonds dans la filiale Gestion d’actifs d’un groupe bancaire international, qui a souhaité conserver l’anonymat.
La rémunération du risque
« La finance toute entière repose sur le couple risque / rendement, explique Luc. Chacun connaît les taux de base, sans risque. Tout placement à rendement supérieur rémunère un risque pris par l’investisseur. »
Certains investisseurs sont contraints dans leur gestion par des règles de prudence. Les caisses de retraite, par exemple, sont ainsi obligées d’investir la majeure partie des cotisations de leurs adhérents dans des placements en euros. Mais il existe en réalité de multiples classes d’actifs : obligations publiques ou privées, devises, actions sur les marchés émergents... La règle de base est connue : diversifier le portefeuille pour répartir les risques. Reste ensuite à choisir le meilleur placement dans chaque classe d’actifs.
Les décisions d’investissement
Le monde de la finance est très segmenté, avec des acteurs spécialisés sur chaque type d’actifs. Prenons l’exemple le plus connu : les marchés d’actions. Pour prendre leurs décisions d’investissement, les financiers raisonnent à plusieurs niveaux. Une première analyse « top-down » se fonde sur des anticipations macro-économiques : l’évolution des taux d’intérêt, de l’inflation ou du cours des matières premières, par exemple, vont déterminer des secteurs à privilégier.
Dans un deuxième temps, une analyse « bottom-up » s’intéresse aux entreprises de ces secteurs - leurs ratios financiers, leur stratégie, leur management. L’objectif : déterminer une valeur théorique de l’action et estimer le potentiel de croissance... De là naissent les recommandations sur certaines valeurs, que l’on retrouve dans la presse économique.
Les fonds d’investissement
Les différents actifs peuvent être réunis dans des fonds communs de placement (FCP). Un FCP, en réalité, est comme une entreprise dont on achète une part. Les banques constituent des fonds (spécialisés ou « diversifiés ») et proposent un taux d’intérêt potentiel - notamment calculé sur la base des indices connus (évolution du CAC su 5 ans, par ans). On analyse les risques des actifs grâce à des historiques de comportement. Mais ces produits sont si complexes que cette évaluation comporte elle-même une part aléatoire « L’art de la gestion de fonds consiste à composer des ensembles qui surperformeront les indices auxquels on se compare, pour pouvoir proposer des rendements attractifs. Pour cela, on met en place des modèles, bien sûr... mais on se fiera aussi à l’intuition, au nez de certains gérants qui ont démontré par le passé leur capacité à sentir le marché. » Ces gérants comptent parmi les vedettes de la planète finance, qui délivre chaque année des awards.
Valorisation des fonds et notation du risque
Replaçons-nous du côté de l’investisseur initial. Comment choisir entre les innombrables fonds proposés ? « En réalité, les investisseurs déterminent d’abord le niveau de risque, et ensuite cherchent à optimiser le rendement », précise Luc. Les actifs du fonds sont évalués par des agences de notation - selon le même principe que les dettes des entreprises ou des Etats. L’arbitrage de l’investisseur se fait donc sur une analyse comparée risque/rendement... et in fine sur la confiance accordée au gérant de fonds.
Mais si les risques sont aisés à calculer pour les fonds en action, il n’en va pas de même pour les fonds structurés autour d’actifs moins attendus : vin, œuvres d’art... « On peut constituer un fonds à partir de n’importe quel actif, souligne Luc. Les agences de notation analysent les risques de ces actifs grâce à des historiques de comportement. Mais ne nous voilons pas la face : ces produits sont si complexes que cette évaluation comporte elle-même une part aléatoire. »
Le cas des « subprimes »
La notation des risques est d’ailleurs au cœur de la polémique depuis la « crise des subprimes ». Que s’est-il passé au juste ? Les banques ont constitué des fonds avec des prêts immobiliers - c’est ce qu’on appelle la titrisation. En clair : il s’agissait de créer un package de dettes, segmentées par niveaux de risques (selon le profil des emprunteurs), et d’en faire un produit financier.
Créés à un moment où les taux d’intérêt étaient bas, ces risques ont été globalement bien notés par les agences. « Fondés sur les remboursements d’emprunt à long terme, les rendements proposés apparaissaient élevés par rapport à la classe de risque dans laquelle ils s’inscrivaient. Forcément séduisant pour les investisseurs ! » Mais le marché immobilier s’est brusquement retourné : les taux d’intérêt ont flambé, les emprunteurs ne pouvaient plus rembourser, et la proportion de défauts a dépassé toutes les prévisions.
Sur le long terme, tout cela aurait pu s’équilibrer... Seulement voilà : alertés par les premiers signaux négatifs, tous les investisseurs ont voulu se retirer de ces fonds... dont la valeur a aussitôt plongé. « Aussi complexe que soit le produit, on retrouve toujours les mêmes réflexes de marché, conclut Luc. Quand tout le monde veut vendre en même temps, il ne se trouve plus d’acheteur. Et sur un marché non-liquide, sans le moindre historique de valorisation, on peut vite descendre très bas. »
Ces « décisions collectives » où tous les acteurs décident de vendre au même moment sont d’ailleurs l’un des traits caractéristiques des crises bancaires. Nous y reviendrons prochainement.
publié le 29/04/2008

