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Police La décision en (uni)forme

Ce sont les policiers en uniforme, ceux que l’on croise dans notre vie de tous les jours mais que l’on connaît mal parce qu’ils sont absents des séries policières. Leur quotidien est fait d’une grande complexité humaine et sociale, dans laquelle la prise de décision doit être rapide et efficace. Ancien officier de police, Bénédicte Desforges leur donne vie dans un recueil de récits passionnants : « Flic - chroniques de la police ordinaire ». Interpellée, la rédaction de Decisio a appelé la police pour en savoir plus.

Comment peut-on résumer la mission d’un policier en uniforme ?

C’est une double mission : prévention et répression. La prévention commence par la présence, la visibilité - mais chacun peut aller beaucoup plus loin. Quant à la répression, pour faire simple, c’est l’application de la loi. Le métier de policier est avant tout un métier humain : victimes, délinquants ou témoins, ce sont en effet toujours des hommes et des femmes avec qui nous travaillons.

Comment intervenez-vous au quotidien ?

La plupart du temps, nous intervenons en flagrant délit - à l’occasion d’une patrouille ou sur un appel d’urgence. Sur certaines affaires, nous prenons le temps de monter un dispositif pour réunir les conditions d’un flagrant délit, mais c’est plus rare.

Quels types de décision êtes-vous amenés à prendre sur le terrain ?

Précisons d’abord que le flic est le premier maillon d’une longue chaîne qui peut mener à une condamnation. Nous sommes donc les premiers, pour reprendre le terme judiciaire, à décider de l’opportunité des poursuites. Chacun connaît le fameux « ça ira pour cette fois » -choisir l’indulgence ou l’application de la loi, voilà une première décision que l’on peut prendre... De façon générale, on distingue deux cas de figure. Soit on a quelques instants pour réfléchir (si je repère un trafic de l’autre côté de la rue, par exemple), soit on n’a pas de temps du tout. Et là, tout est une question de réflexe.

Comment se prend la décision, dans l’instant ?

Nos réflexes sont conditionnés par plusieurs facteurs : la maîtrise technique (l’interpellation, le menottage...), notre formation, notre expérience bien sûr, mais aussi celle des collègues. Sans oublier notre état à l’instant t : fatigue, énervement, états d’âme ou sérénité... tout cela entre en ligne de compte.

Une batterie de réflexes se mettent en branle au même moment pour créer une décision instantanéeContrairement à d’autres métiers que nous côtoyons (pompiers, urgentistes, gardiens de la paix), il n’existe pas de protocole strict à appliquer en cas d’intervention - notamment parce que nous intervenons souvent sur notre propre initiative, avec une autonomie importante. N’exagérons pas, cependant : nous avons bien des procédures standard, des marches à suivre. Mais une fois sur le terrain, ce n’est jamais si simple.

Par exemple ?

Je me souviens d’une femme médecin qui venait d’être agressée. Elle était en état de choc, je n’ai pas voulu la brusquer en lui posant des questions sur son agresseur. Quelques minutes plus tard, elle est morte - et je n’avais plus aucun élément pour retrouver celui qui avait fait ça. J’y pense encore. Voilà. C’était une mauvaise décision... Mais si c’était à refaire ?

Autre exemple : l’un de mes collègues s’est fait braquer dans la rue. En quelques centièmes de seconde il faut évaluer la situation, décider ou non de sortir son arme, connaître parfaitement la loi sur la légitime défense... Une batterie de réflexes (certains très professionnels, d’autres avec des paramètres très personnels) se mettent en branle au même moment pour créer une décision instantanée. Mais l’événement est trop exceptionnel pour qu’une procédure puisse y répondre. C’est le sang froid qui compte. L’humain sous l’uniforme.

Qu’est-ce qui fait l’autorité d’un flic ?

Sa compétence pénale, d’abord. Le flic est aussi dépositaire d’une liberté constitutionnelle. En clair, il peut vous emmener au poste pour 24 heures. C’est un moyen de coercition...

L’arme compte-t-elle ?

Très peu, en réalité. Mais il existe des dérives - je pense notamment au Taser. Cette arme non létale peut devenir une solution de facilité. On pourra « taser » quelqu’un alors que cette personne aurait parfaitement pu être maîtrisée, et bien souvent dans des cas où une franche discussion suffirait à calmer la situation. En résumé : le Taser, c’est une bonne excuse pour ne pas décider.

publié le 14/02/2008


En savoir plus

    (JPG)Bénédicte Desforges a passé 14 ans dans la police (quatre en temps que gardien de la paix, puis dix ans comme officier), en banlieue parisienne et dans le nord de Paris. En disponibilité, elle a commencé à raconter ses histoires dans un blog.

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